Un boom macroéconomique qui n'a pas encore atteint la plupart des portefeuilles : le fossé le plus criant du marché de l'emploi marocain
Le Maroc en 2026 présente l'écart le plus spectaculaire entre les gros titres et la réalité de tous les pays couverts dans ce rapport. Le récit officiel est véritablement impressionnant : investissements d'infrastructure pour la Coupe du Monde 2030, feuille de route numérique IA 2030, le secteur automobile africain en plus forte expansion, et un réseau TGV en cours de développement. Les investissements directs étrangers affluent. Le fil LinkedIn du Maroc se lit comme un communiqué de presse d'agence de développement.
Puis on lit r/Morocco et les groupes Facebook locaux dédiés à l'emploi. L'émotion dominante est cet épuisement spécifique et soutenu d'une génération à qui l'on avait promis que l'éducation la protégerait, et qui a découvert que cette promesse était rompue. « L'insulte des 3 000 MAD » — des entreprises exigeant un Bac+5, Master ou diplôme d'ingénieur, pour 300 à 400 dollars américains par mois — est devenue un point de ralliement viral. Les captures d'écran de ces offres circulent avec incrédulité et colère.
Le concept de Ma'arifa — l'équivalent marocain de la Wasta, englobant les relations, l'influence et le réseau invisible du « qui connaît qui » — domine chaque discussion de carrière. Les utilisateurs des forums sont francs : déposer son CV sur ANAPEC ou postuler via les portails classiques relève davantage du geste symbolique que de la démarche efficace. Le véritable recrutement se fait dans les réseaux privés, par le biais de relations familiales et de présentations personnelles, bien avant que le poste ne soit publié.
Le travail à distance comme échappatoire s'est imposé comme la stratégie de survie la plus célébrée du marché. Décrocher un contrat à distance avec un employeur européen, américain ou du Golfe et vivre de ce revenu au Maroc représente un arbitrage de devises qui change la vie. Gagner en euros ou en dollars tout en dépensant en dirhams constitue ce qui se rapproche le plus de la liberté financière que le marché actuel puisse offrir à la classe instruite du Maroc.